UNION EUROPEENNE TAPE LES MAINS SUR LA TABLE
.03.2006 | Luc-Roger Mbala Bemba
Nous allons attraper les criminels de guerre en République démocratique du Congo, même s’ils se trouvent au sommet des institutions. Il n’y aura pas d’impunité permanente, a déclaré Aldo Ajello au cours de son intervention à une rencontre en marge de la Journée de la femme, organisée dans la salle Auto world au Parc du cinquantenaire à Bruxelles, pour des femmes congolaises. M. Aldo Ajello a relevé deux problèmes de base qui se posent en Rdc : celui de l’armée et de la Police, et celui de la Justice. « Récemment, une unité mixte (dans laquelle l’Union européenne est impliquée) a été fondée, unité qui s’occupera de deux secteurs. Cependant, peu de progrès ont été réalisés dans 14 secteurs de la Justice », a déclaré Aldo Ajello. Il a ajouté : “Une nouvelle vient de tomber aujourd’hui. Lors de sa dernière session, l’Assemblée nationale de la Rdc a reconnu la Cour pénale internationale ». Le diplomate européen a toutefois reconnu que les cours de justice internationales ne fonctionnent que très lentement. Mais il a rassuré l’assistance que ceux qui ont commis des crimes lors de la guerre survenue en Rdc entre 1998 et 2003 seront poursuivis et jugés. « On va les attraper même s’ils se trouvent au sommet des institutions. Il n’y aura pas d’impunité permanente », dixit le représentant de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, qui remplit cette fonction depuis mars 1996. L’armée, la grande crainte Parlant de la réforme du secteur de la sécurité (Police et armée), Aldo Ajello a évoqué à deux reprises la plainte à laquelle les bailleurs ne s’ intéressent pas. « L’armée est quelque chose de sale, on préfère ne pas y toucher », a dit M. Ajello. Il indique que ce qui joue également est le fait que des bailleurs ne peuvent pas comptabiliser les dépenses pour la restructuration de ce secteur dans leur budget d’aide à la coopération. « Il reste très difficile de convaincre les donateurs qu’il faut absolument créer une vraie armée républicaine », a constaté l’Envoyé spécial de l’Ue dans les Grands Lacs. Des militaires fantômes. S’appuyant sur quelques données, M. Ajello a relevé que 80% des crimes en Rdc sont commis par les personnes en uniformes, des militaires ou des policiers qui d’après lui appartiennent à toutes les tendances confondues. Ensuite, le nombre officiel de militaires en Rdc était de 340.000 militaires mais en réalité il n’y en a que 100.000. « Cela veut dire que les Fardc comptent 240.000 militaires fantômes. Alors, non seulement la paie de ces fantômes est empochée par des supérieurs, mais ces supérieurs empochent également la paie des militaires réellement existants, qui, en fin de compte n’ont que leur Kalashnikov pour se trouver se quoi vivre. D’où le harcèlement de la population », s’est indigné le diplomate européen. Pour s’attaquer à ce problème, a dit Aldo Ajello, « un programme de l’Union européenne à Kinshasa appelé Eusec, s’occupe justement de la réforme du secteur de la Sécurité depuis mai 2005 ». Enfin, parlant du processus de transition, M. Aldo Ajello a fait remarquer que tout le processus de transition en Rdc est le résultat d’une immense pression de la communauté internationale sur le Congo. « Ceux qui nous accusent de mauvaise volonté font preuve d’un manque de générosité. Avons-nous le droit de continuer à imposer ce processus si des Forces négatives n’en veulent pas ? Oui, et pour une seule raison, parce que le peuple le veut. Le résultat du référendum sur la constitution en décembre 2005 l’a démontré », a conclu M. Aldo Adjello.
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